Politique internationale de la FITS sur les personnes déplacées


INTRODUCTION

Le déplacement ou la migration forcée des populations à l'intérieur de leurs propres pays est aujourd'hui un phénomène international courant. Une telle migration peut-être causée par des conflits armés intérieurs, des situations de violence générale, des luttes ethniques, une violation massive des droits de l'homme, violation de la législation humanitaire internationale ou des catastrophes naturelles. Selon la Commission des Droits de l'Homme aux Nations Unies "dans plus de 50 pays et pratiquement dans chaque région du monde, en Afrique, en Amérique du Sud et du Nord, en Asie, en Europe et au Moyen-Orient, plus de 25 millions de personnes sont actuellement considérées comme personnes déplacées, rien qu'en raison des conflits violents et des violations des droits de l'homme. A ce chiffre, il faut ajouter plusieurs millions pour ceux qui ont été déracinés par des catastrophes, naturelles ou causées par l'homme.

Il y a une large tendance mondiale à l'accroissement des déplacements de population en rapport avec les poussées de conflits sociaux, politiques, et culturels. C'est dans une large mesure le résultat du développement technologique accéléré des armements, qui a fait des populations civiles les principales victimes des conflits.

Les personnes déplacées sont hautement vulnérables. Elles souffrent de discrimination, du manque de repères et sont fréquemment appauvries. Marginalisées dans leur propre société et subissant le traumatisme émotionnel de l'expérience du déracinement, les personnes déplacées deviennent des exclus qui souffrent de la perte de leurs moyens économiques, de la rupture de leur identité culturelle, de la désorganisation des liens familiaux et sociaux, de l'interruption de la scolarisation et de l'augmentation des niveaux de pauvreté. Elles souffrent aussi du chagrin relatif aux décès ou disparitions des membres de la famille et, dans les cas extrêmes, ont recours à la délinquance ou à la mendicité afin de survivre.

L'impact du déplacement est ressenti de façon plus aiguë par les enfants, les femmes qui ont de jeunes enfants ou chefs de famille, les personnes handicapées et les personnes âgées. Très souvent les personnes déplacées ressentent leur condition comme un "gel " de leur existence, exprimé par des sentiments d'isolement, de confusion, de peur, et de souffrance et par des symptômes de maladie mentale, de manque d'ambition, elles deviennent peu communicatives, malheureuses, exclues.

Alors que les personnes déplacées devraient avoir les mêmes droits que tous les autres citoyens, en réalité, elles affrontent une discrimination. Elles ont besoin d'aide et de protection spéciale pendant leur déplacement, retour, réinstallation et réintégration.

Le déplacement est aussi un phénomène social qui requiert des stratégies préventives dans le cadre du développement économique et social pour traiter les principales causes de conflits qui conduisent au déplacement d'individus et de groupes. De même, le développement économique et social est le seul moyen d'éviter que les gens dépendent peu ou prou de l'assistance humanitaire.

La FITS est concernée par les conditions de vie des personnes déplacées, par l'existence elle-même du déplacement, et les stratégies et programmes politiques qui peuvent l'avoir causé. Nous estimons que ces conditions sont nuisibles à l'épanouissement des droits de l'homme et contraires aux principes de la profession du travail social et de sa Fédération Internationale.

La définition du travail social de la FITS, adoptée en juillet 2000 à Montréal déclare: «Ce sont les Droits de l'Homme et la justice sociale qui motivent et justifient l'action de travail social. En solidarité avec ceux qui sont défavorisés, la profession s'efforce d'atténuer la pauvreté et de libérer les personnes vulnérables et opprimées afin de promouvoir et consolider l'action sociale». En conséquence, cela entraîne que les personnes exclues constituent le centre d'intérêt majeur pour le travail social en tant que profession et cela inclut inévitablement les personnes qui sont déplacées.

Contexte de la question des personnes déplacées

Depuis sa création, la profession du travail social s'est engagée dans la défense et la promotion des droits de l'homme. Les travailleurs sociaux placent au centre de leur travail les populations les plus vulnérables à travers le monde, quels que soient leur appartenance ethnique, leur langue, leur sexe, leur préférence sexuelle, leur religion, croyance ou idéologie, leur âge, leur capacité physique, leur statut ou tout autre condition susceptible de mener à une discrimination. Les politiques de la FITS au sujet des enfants, des femmes, des personnes âgées, de la santé, du VIH/SIDA, des droits de l'homme, de la migration, de la protection des informations personnelles, des réfugiés, des conditions de vie dans les communautés rurales, et de la jeunesse, sont fondées sur les principes et valeurs humanitaires soutenus, défendus et pratiqués par cette profession.

Une évidence supplémentaire peut être trouvée dans la coopération de la Fédération avec les Nations Unies pour préparer le manuel de formation sur « Droits de l'Homme et travail social » (1994), le manuel de formation « Le travail social et les Droits de l'Enfant » (2002) quant à son engagement à développer une politique en faveur des personnes déplacées.

Le souci de la FITS à propos de la question du déplacement coïncide avec celui de la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies qui a désigné dans sa Résolution 73/1992 un Rapporteur Spécial sur les Déplacements Intérieurs en réponse au souci international croissant concernant les nombreuses personnes déplacées intérieurement dans le monde et leur besoin d'assistance et de protection.

Les Nations Unies ont publié
«Principes directeurs concernant le déplacement international» et
«Manuel sur les pratiques dans le champ du Déplacement Intérieur».
pour nous conseiller sur le sujet.
La FITS est heureuse de recevoir ces conseils et les recommande.

Plusieurs gouvernements ont adopté les «principes directeurs» comme cadre légal pour leur législation nationale et comme modèle pour les stratégies dans le domaine de la prévention, de la protection, de l'assistance et du développement pour les personnes déplacées à l'intérieur.
Bien plus, les «principes» servent aussi de modèle pour la prévision de l'économie spécifique et de l'assistance humanitaire dans les situations de catastrophe.

En outre, plusieurs organisations non gouvernementales ont utilisé les «principes» partout dans le monde pour défendre la cause des personnes déplacées à l'intérieur, pour évaluer les politiques nationales et la législation, et pour promouvoir et renforcer leur dialogue avec les gouvernements sur les droits des personnes déplacées à l'intérieur.

Déclaration Politique

La FITS considère que
  • le déplacement intérieur provient généralement de causes structurelles et doit en conséquence être considéré et traité en perspective d'une compréhension totale des problèmes généraux de chaque pays ;
  • le déplacement causé par des conflits politiques, religieux ou ethniques requiert une considération des phénomènes d'exclusion sociale, à la fois du point de vue des personnes déplacées elles-mêmes et de celui des autres acteurs impliqués dans le processus du déplacement ( victimes et persécuteurs );
  • il est essentiel d'identifier la cause du déplacement (socio-économique, catastrophe naturelle, politique, religieuse) pour s'assurer de l'adéquation de toute action y remédiant;
  • puisque le déplacement est fréquemment la conséquence d'un état faible et d'une société faible confrontés à des situations de violence générale, des politiques préventives en faveur de la coexistence pacifique et du respect des droits de l'homme doivent être introduites dans les politiques nationales et locales. Les politiques préventives devraient aussi réguler la coordination entre les institutions d'Etat et fortifier la société civile;
  • tous les efforts devraient être faits pour assurer la protection, le bien-être économique et l'aide psychologique aux personnes déplacées, et en dernier lieu, leur rapatriement et leur réinstallation.

Dans tous les cas, la dignité et le choix personnel des personnes déplacées doit être recherché.
  • les travailleurs sociaux doivent être attentifs aux conditions qui aggravent la vulnérabilité des personnes. Celles-ci comprennent la pauvreté, le fait d'être déraciné de leurs lieux habituels, la qualité des services publics et sociaux, et la présence effective de l'Etat dans les régions;
  • le travail avec les populations déplacées devrait viser à les soutenir, à leur permettre de surmonter la dépendance de l'assistance humanitaire, de retrouver leur capacité de production, de reconstruire les structures socio-culturelles de leur communauté et même plus, leur aptitude personnelle et collective à contribuer activement au développement national et régional. Le but est l'autonomie et l'émancipation de la communauté et pas seulement la survie.
  • il est important de traiter les besoins affectifs des personnes déplacées dans toutes les interventions. Soutenir les gens pendant le processus de deuil, les aider à retrouver la paix de l'esprit, la confiance en eux-mêmes et la confiance dans les autres, à être conscients de leurs droits et des applications obligatoires inhérentes à ces droits, tout cela est nécessaire au soutien psycho-social inclus dans un concept plus large de santé mentale;
  • les services psycho-sociaux et aussi l'assistance au développement doivent donner la priorité aux plus vulnérables, particulièrement les femmes et les enfants.
  • les services aux personnes déplacées devraient être collectifs et autonomes plutôt qu'individuels et fragmentés.
  • tout programme destiné aux personnes déplacées devrait tenir compte des effets que le déplacement a sur les communautés d'accueil parce que les deux populations, celle qui est déplacée et celle qui reçoit, sont vulnérables.

La FITS est prête à participer par l'intermédiaire de ses organisations membres aux systèmes d'aide internationale proposés par les Nations Unies et à prêter son assistance dans les situations de déplacement dans les pays où ses membres sont situés.

La FITS incite ses organisations membres à
  • initier des mécanismes de pression et d'action dans leurs pays pour prévenir ou traiter les situations de déplacement, dans un concept de développement préventif, holistique et durable amenant des améliorations substantielles dans la qualité de vie des populations;
  • contribuer à la diffusion du livre des Nations Unies «Principes directeurs concernant le déplacement intérieur» et la législation humanitaire internationale par l'organisation d'ateliers et de cours de formation , suivre de près leur mise en place, évaluer les politiques et les programmes dans le champ du déplacement.
  • se joindre aux réseaux d'Organisations Non Gouvernementales pour continuer, dans le respect mutuel, le dialogue avec les gouvernements sur la législation nationale et les droits des personnes déplacées à l'intérieur, la protection des données personnelles, et en s'opposant à toute forme de discrimination;
  • contribuer à l'extension des services de protection et assistance aux populations déplacées.
  • participer aux mécanismes d'alerte nationaux, régionaux, locaux; à la prise de conscience, la préparation, et la mobilisation des populations au risque de déplacement, ainsi qu'à l'atténuation de l'impact du déplacement;
  • s'impliquer dans les réseaux, les systèmes stratégiques et bases de données mis en place pour faciliter l'enregistrement, les systèmes d'information permanente, les programmes de développement et d'évaluation au jour le jour pour les personnes déplacées.
  • faciliter, par une bonne gestion des projets, la mobilisation des ressources d'état, privées, des fonds nationaux et internationaux, en utilisant les mécanismes de coopération nationale et internationale;
  • promouvoir des projets de recherche et des indicateurs de meilleure gestion pour faciliter la compréhension du phénomène de déplacement et évaluer l'impact des programmes dans ce domaine;
  • promouvoir les mécanismes qui rendent aux personnes déplacées leur capacité à participer à la planification de leur propre avenir aussi bien dans les actions politiques locales, que régionale ou nationales ;
  • jouer un rôle clé dans le conseil aux gouvernements sur les meilleures pratiques en ce qui concerne le déplacement;
  • travailler avec les écoles de travail social pour s'assurer que des cours adéquats soient introduits dans les formations en ce qui concerne le déplacement intérieur et que du matériel pertinent soit inclus dans les programmes de base et de formation continue.

La FITS considère que le rôle des travailleurs sociaux qui travaillent avec et pour les personnes déplacées devrait être un rôle de
  • recherche parmi les causes politiques et socio-culturelles conduisant au déplacement intérieur, des aspects particuliers du déplacement et son impact sur la population d'accueil et la région, les caractéristiques et conditions de vie des individus déplacés et leur potentiel de développement;
  • participation à la désignation et à la formulation des politiques et programmes préventifs, de traitement et de développement pour les personnes déplacées, en tenant compte autant que possible de la complexité et des particularités de chaque déplacement, mais dans une perspective globale.
  • gestion sociale avec des fonctions d'administration dans les projets et programmes à l'intérieur d'une structure qui encourage la participation des groupes de population directement et indirectement impliqués dans le déplacement;
  • analyse d'un grand nombre de processus sociaux liés aux structures du pouvoir, les conflits sociaux, la coexistence civile, les dynamiques familiales et communautaires, la médiation entre l'Etat et la société civile, et l'impact des politiques publiques, de la sécurité sociale et des systèmes de service social;
  • évaluation des projets sur la base d'une analyse quantitative et qualitative de l'atteinte des objectifs et des réponses aux besoins de la population;
  • spécialisation dans les problèmes humains et familiaux causés par le déplacement avec la capacité d'améliorer les ressources personnelles des personnes déplacées pour leur développement;
  • éducation sociale capable de transmettre l'information sur les droits des personnes déplacées et sur les services qui leur sont offerts, d'évaluer les processus d'organisation et de mobilisation, et d'agir comme entraîneurs, de motiver pour une participation sociale orientée vers le développement des relations démocratiques.
  • médiation de conflit avec la capacité à conduire, convoquer les parties et négocier, avec une stratégie de concessions pour arriver à des décisions équitables pour tous.
  • recherche d'alliances stratégiques parmi les organisations, les groupes et les institutions pour arriver à l'utilisation optimale des ressources disponibles, pour obtenir l'efficacité maximale des actions dirigées sur le phénomène de déplacement, pour faciliter l'encadrement nécessaire de ces processus.

La FITS reconnaît que l'assistance humanitaire et la promotion du développement comme alternative pour les personnes déplacées à l'intérieur ne peuvent pas remplacer la volonté politique des gouvernements dans leur recherche de solutions aux conflits intérieurs qui causent le déplacement.

Bibliographie

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page last updated on 21.10.2005