
De gauche à droite : Céline Lembert, Eva Ponce de Leon, Pascal Rudin, Sandra Domenge, Frédérique Sylvain, Simon Bounoure. En ligne à l’arrière-plan : Hafsa Belayachi
Le 18 septembre 2026, la présidente de la FITS, Eva Ponce de Leon, et le secrétaire général par intérim, Pascal Rudin, se sont rendus à l’Association nationale des assistants de service social (ANAS) à Paris. La rencontre avec la présidente de l’ANAS, Céline Lembert, et ses collègues a été l’occasion d’un échange approfondi sur les réalités auxquelles sont confrontés les assistants de service social en France, les évolutions en matière de formation au travail social et de reconnaissance professionnelle, ainsi que les possibilités de collaboration en vue de la Conférence conjointe sur le travail social, l’éducation et le développement social qui se tiendra à Paris en 2028.
Une partie centrale de la discussion a porté sur l’identité professionnelle et la reconnaissance du travail social en France. Contrairement à certains pays, le terme « travailleur social » ne désigne pas un titre professionnel unique en France, mais englobe toute une gamme de professions et de parcours de formation. L’ANAS a mis en avant la position particulière des assistants de service social, seule profession réglementée et notamment leur obligation légale de secret professionnel.
La discussion a mis en évidence l’importance de définir clairement le travail social et de maintenir des référentiels rigoureux en matière de formation et de pratique. La France a adopté une définition légale du travail social en 2017, tandis que les réformes en cours concernant la formation des professionnels continuent de susciter des débats sur la qualité de l’enseignement, l’identité professionnelle et la préparation des futurs praticiens.
Ces discussions s’inscrivent directement dans le cadre des travaux menés à l’échelle mondiale par la FITS sur la formation en travail social et sur l’importance de veiller à ce que les référentiels professionnels restent ancrés dans les valeurs du travail social, les connaissances et les compétences nécessaires pour servir les personnes et les communautés.
Des travailleurs sociaux soumis à une pression croissante
Les représentants de l’ANAS ont décrit les pressions croissantes qui pèsent sur les assistants sociaux en France. La réduction des ressources, la pénurie de logements sociaux et la demande croissante de services peuvent contraindre les praticiens à prendre des décisions difficiles quant à la manière d’allouer des moyens limités. Des inquiétudes ont également été exprimées concernant l’épuisement professionnel et la diminution du soutien professionnel et psychologique dont bénéficient les assistants sociaux eux-mêmes.
Cet échange a mis en lumière un principe fondamental : on ne doit pas attendre des travailleurs sociaux qu’ils soient au service des systèmes, des institutions, ils sont au service des personnes accompagnées. Les organisations et les services publics doivent créer les conditions permettant aux assistants sociaux de s’acquitter de leurs missions professionnelles envers les personnes, les familles et les différents groupes d’appartenance.
Malgré ces pressions, les participants ont souligné la créativité, l’ingéniosité et l’engagement des assistants sociaux. Les praticiens continuent à élaborer des réponses fondées sur leur expérience professionnelle et leur connaissance du terrain, à défendre les personnes dont les droits risqueraient autrement d’être négligés, et à porter à l’attention des décideurs politiques et du grand public les réalités vécues par les personnes accompagnées.

De gauche à droite : Simon Bounoure, vice-président de l’ANAS ; Eva Ponce de Leon, présidente de la FITS ; Céline Lembert, présidente de l’ANAS ; et Pascal Rudin, secrétaire général par intérim de la FITS
Eva Ponce de Leon, présidente de la FITS, a déclaré :
« Notre discussion avec l’ANAS a montré une fois de plus qu’un travail social solide ne repose pas seulement sur des professionnels engagés, mais aussi sur les conditions qui leur permettent d’exercer leur métier conformément à leurs valeurs. Les travailleurs sociaux ont besoin de ressources adéquates, d’une formation de qualité et d’un soutien professionnel s’ils veulent se tenir aux côtés des personnes, des familles et des communautés. Ce sont là des défis que nous observons dans de nombreuses régions du monde, et ce sont des défis que nous devons relever ensemble. »
Céline Lembert, présidente de l’ANAS, a déclaré :
« En France, les assistants sociaux restent profondément engagés à soutenir les personnes, à défendre leurs droits et à faire respecter les valeurs du travail social. Dans le même temps, les institutions demandent de plus en plus aux professionnels de faire face à des situations complexes avec moins de ressources et moins de temps. Notre échange avec la FITS a été une occasion importante de mettre en relation ces réalités françaises avec les expériences des travailleurs sociaux à l’échelle internationale, et d’explorer comment nous pouvons renforcer notre profession ensemble. »
Le travail social, les migrations et l’histoire coloniale de la France
Cet échange a également porté sur la migration, l’identité culturelle et les répercussions persistantes de l’histoire coloniale. Les participants ont réfléchi aux expériences des personnes immigrées et issues de l’immigration et des personnes issues des territoires français d’outre-mer notamment à l’impact historique des politiques d’assimilation et d’acculturation.
La discussion a mis en évidence l’importance d’adopter, dans le travail social, des approches qui reconnaissent l’identité et la diversité culturelle tout en remettant en cause les structures qui contribuent à l’exclusion. Elle s’est également inscrite dans le cadre de débats internationaux plus larges sur la décolonisation du travail social et sur la nécessité de veiller à ce que la pratique professionnelle reconnaisse les savoirs, les histoires et les expériences qui ont trop souvent été marginalisés.
Relier la profession mondiale à Paris 2028
La réunion a également porté sur la Conférence mondiale de la FITS qui se tiendra à Paris en 2028. L’ANAS a exprimé sa volonté de contribuer aux préparatifs. Une contribution particulièrement prometteuse concerne l’histoire du travail social en France. La discussion a exploré la manière dont la conférence pourrait mettre en lumière le rôle important joué par les femmes dans l’émergence et le développement de la profession. Les premières générations de travailleuses sociales ont non seulement contribué à la création de services sociaux professionnels, mais ont également remis en cause les attentes dominantes définissant les femmes principalement à travers le mariage, la famille et les responsabilités domestiques.
Les participants ont également discuté des moyens de faire découvrir aux délégués internationaux le travail social tel qu’il est réellement pratiqué en France. Cela pourrait compléter le programme officiel de la conférence en créant des occasions de dialogue entre les délégués en visite, les professionnels de terrain et personnes accompagnées.
Cet échange a permis de reconnaître que «Paris 2028» devrait donc être plus qu’une simple conférence internationale se déroulant physiquement en France. Elle offre l’occasion de relier la profession mondiale à l’histoire, aux débats, aux valeurs et aux réalités actuelles propres au travail social français.
La visite s’est conclue par un engagement commun à poursuivre le dialogue entre la FITS et l’ANAS et à travailler ensemble en vue de Paris 2028. Avec la venue à Paris de la communauté mondiale du travail social, la conférence offre une occasion unique de réunir les perspectives internationales et l’expérience professionnelle française, et de veiller à ce que les voix des professionnels de terrain soient au cœur des discussions.